L’économie de la pratique de Laurent Perbos s’inscrit
dans un registre de références populaires qui tendent
à faire partager une certaine complexité entre œuvre
et public.
Par le biais de la peinture, tout d’abord, l’artiste détourne
puis replace des images dans un champ initial de destination, revisitant
les repères de nos réflexes conditionnés. Ainsi,
il va même jusqu’à « collectionner »
l’apparition de peintures au cinéma qu’il restitue
sous la forme d’une vidéo. Aujourd’hui la peinture
devient mutante, cherchant à dépasser l’objet tableau,
entre monochromes et formes débordantes bien que structurées.
(…)
Comme le montrent ses réflexions autour de la peinture, la pratique
de Laurent Perbos interroge la radicalité. Comment peut-on avoir
une réponse radicale avec le vocabulaire du quotidien ? Comment
un artiste répond-il aux flux des images que véhicule
le monde des fantasmes codifiés par des stratégies de
compétition, de marketing ? Après avoir réintroduit
des objets détournés par l’art dans le champ de
la réalité, l’espace public par exemple, où
l’usage pragmatique tente de reprendre le dessus, l’artiste
s’emploie aujourd’hui à ouvrir ses interrogations.
Si l’objet, pense-t-il, permet d’avoir une connivence avec
ses contemporains, une fois l’utilisation détournée
constatée, la proposition s’arrête d’elle-même.
L’opération est simple et très efficace, mais tel
un effet, s’arrête dès son utilisation.
Pour lui, les effets sur des objets détournés ne sont
plus à assumer aujourd’hui par l’artiste puisqu’ils
sont très bien pris en charge par les infographistes, par exemple,
qui maîtrisent parfaitement l’image. Laurent Perbos, au
lieu de se focaliser sur un objet précis qui appelle une action
et donc une réaction, préfère, au risque de perdre
une certaine efficacité, laisser une prise au flou et à
l’indéterminé.
Lise Guéhenneux, 2006 (extrait du communiqué de presse
de l’exposition Atone à la Galerie Remparts-Toulon